"LES GENS QUI FONT MON VILLAGE : AMEGHROUK "

    "Ameghrouk"

 

Lyazid nith yaala:C'est au  mois de juin, sur la route qui monte ,et qui monte inexorablement vers le ciel, une éternelle montée qui n'en finissait  presque jamais ,de virages en virages ,et de cotes à une autre, la route  Bordj Zemmoura - Guenzet , un véritable  mur  d'asphalte , creusé dans le roc serpente à travers une foret  dense, de pins et de caroubes sur une  altitude avoisinant 1200 mètres une fois arrivé ,en haut sur la crête elle offre  aux yeux, un paysage  pittoresque ,et un spectacle de rêve à couper le souffle.

La voiture, dont  , le ronflement  de plus en plus grandissant et bruyant ,un vieux tacot, peignait à   franchir   cette route, pareille à une citadelle, on aurait dit , un vieillard qui toussait, au volant   se trouve, Abbes Abderrahmane, le plombier, comme on aimait l'appeler. à son coté, le  frangin, Boubekeur, un artiste de profession,   et moi-même sur le siège arrière.

 

Abbes est un homme qui a passé une partie de sa jeunesse à trimballer entre Guenzet ,son village natal et Paris, la résidence de  son père Mahfoud ,qu'il l'à rejoint, tôt, pour y travailler, comme tous ses semblables à cette époque ,en laissant  femme et enfants au bled.

Abbes , commence ainsi son récit :

C'est par un temps pluvieux, morose ,un temps ou il ne faut pas mettre un chien dehors que paradoxalement je me trouvais ce jour- là, à l'extérieur, au détour d'une vieille bâtisse ,je fis la  rencontre d'une personne qui me parla longuement   et me raconta avec détails l'histoire rocambolesque et incroyable  d'un certain Taieb, que je connaissais parfaitement car non seulement, Taieb était  de mon âge, mais on  fréquentait  la même école primaire issu d'un milieu pauvre ,il  a du quitté, très tôt les bancs de l'école, pour travailler comme garçon de café chez  "Bernik", un café maure  au coin Est, de la placette du village à Lotta n'souk (le terrain plat du marchéWink.

Un jour Taieb ,au petit matin, juste à l'aurore après la prière du Fedjr, préparant le café à quelques  clients habitués, brusquement, pris d'étourdissement, sans aucun prodrome, perd connaissance ,et sombre dans un sommeil profond .les clients las d'attendre, se précipitent vers l'arrière- cours et trouvent le corps de Taieb, inerte , presque sans vie, allongé par terre. Ramené chez lui ,il resta ainsi dans cet état de léthargie totale  pendant plus de 02 ans, sans parler à personne.

Ce jour-là; le jour ou' il pleuvait à torrent ,Taieb se réveilla de son sommeil, mais plus comme avant, un nouveau Taieb est né, plus loquace ,et prolixe, il prédisait l'avenir  dit-on! et tout le monde accourrait vers lui.

Abbes ,son ami d'enfance, comme tous les autres ,décide de lui rendre visite, et  s'enquérir  de son 'état de santé, dés qu'il franchit le seuil de la porte, il fut accueilli par un large sourire et une phrase qui resta gravée dans sa mémoire et Taieb  à l'adresse de abbés dit" bonjour le Parisien!", ce dernier éberlué et un peu agité répond avec pudeur" moi Parisien, c'est du domaine de l'impossible car non seulement je suis cloué dans ce village et sans espoir de sortie, mais aussi ,il m'est  impossible de quitter le sol Algerien,car je vais dans peu de temps , incorporer  le service national !"..

Taieb, un bel homme à la chevelure blonde, crispe le visage davantage, sur de lui, hausse  le ton de façon dictatorial , répond :

" tu partiras, et c'est pour bientôt, je ne  le répèterais  pas une seconde fois"  .

 

Quelques mois plus tard, après l'intervention énergique  d'une tierce personne, Abbes, passe les frontières à partir de l'aéroport d'Alger , qui coïncidait bizarrement, avec le  même jour  de l'ordre d'appel, et rejoint ainsi , ses parents en France, en regroupement familial.

Le jour ou' il pleuvait comme des cordes, Abbés en sortant de chez Taieb, le  voyant, avait l'esprit perturbé , intrigué  par  ce qui venait de se passer, emprunte les ruelles escarpées  de Bouzoulith et descend à grandes enjambées  vers Tadarth, pour rejoindre son domicile. là, il rencontre son voisin, un certain Saïd ,bien plus âgé, convoyeur de bus qui fait la navette  Guenzet - Bougaa , et par hasard ,lui demande de l'accompagner à son tour, voir Taieb. car dit-il: "je dois éclaircir certaines choses qui me taraudent  l'esprit".

Abbes hésitant d'abord  car il venait juste de sortir de chez lui, puis finit, après insistance de son voisin, et décide ensemble de se rendre au domicile du  prédiseur.

Au cour de route, Saïd  se tourne vers Abbes, et le questionne: "Au faite dit-il, quels sont ses honoraires ,ou bien, dois- je lui prendre quelque chose?".

Abbes répond d'un ton nonchalant : "Donne lui juste  quelques pièces de monnaies, ou  mieux un paquet de cigarettes ."

Les deux hommes arrivèrent chez Taieb, celui qui lisait dans les pensées,  relève légèrement la tête , une petite grimace ,regarde Abbes du coin de l'œil, et dit: "Encore ,toi?".

Abbes s'empresse de  répondre: "ce n'est pas pour moi ", dit -il " c'est ce monsieur, en désignant du doigt Saïd , qui a quelques soucis et qui m'a supplié de l'accompagner ". et pour donner du crédit  à ses propos; Abbes finit par ajouter :

"d'ailleurs ,il avait tellement peur de venir tout seul, qu' il m'a supplié de venir avec lui, et au cours de route ,il m'a dit qu'il ne croit pas en toi, et que tout ce que fait Taieb est de la poudre aux yeux, il se joue des pauvres gens sans instruction, et sans savoir!".

Taieb, calme, et imperturbable, sans aucun signe d'énervement, regarde stoïquement  Saïd droit dans les yeux, et lâche:

"je sais, et je devines la raison qui t'amène , et si tu ne crois pas, de quoi  Taieb, est capable".

Et Taieb, hausse le ton, " ce soir et  à une heure tardive, que tu choisiras toi-même, ou à n'importe quel moment,  je m'inviterais chez toi, et pour te signaler ma présence, je  ferais tomber  une assiette, un verre ou te tirer  la couverture!" . et ajoute:

"D'ailleurs, tu travailles comme receveur de bus chez untel, et pas plus tard que ce lundi passé de retour du tribunal de Bougaa pour affaire qui te  concernait, laquelle trouvera bientôt une solution, dans les jours à venir ,car tu divorceras de ta femme et tu prendras une autre,  de ton entourage".

Taieb de plus en plus précis continu :

"Dans le bus, qui te ramenait vers Guenzet, tu étais assis à l'avant du véhicule en compagnie de quelques personnes que je nommerais sans difficulté ,si tu n'es pas encore convaincu". insiste-il !.

Saïd ,n'en revenait pas, il avait trop de détails dans le récit de Taieb, tout y était, à tel point qu'il lui semblait qu'il était parmi eux, se lève et pour se justifier, Lance  en direction de Taieb :

"par la grâce de Dieu, dit-il et je jure ,sur la tête de ma mère, je n'ai rien dit de tels, c'est Abbes qui en fait un peu trop, il  exagère". et d'ajouter:"Tout ce que tu as dit est vrai, et je crois fermement en toi", et finis par lâcher ,la peur au ventre :

"Ce n'est pas la peine de faire intrusion  chez moi, j'en suis convaincu de tes capacités". mais au fond de lui-même, Saïd était rangé par le  doute et pour  tester encore Taieb, il lui dit :"je suis venue te demander conseil, au sujet du mariage de mon frère ainé, Mohand ,reviendra t-il de France  et qui prendra comme épouse ?"

Taieb, après un bon moment de réflexion, et de silence, répond:"ton frère, Mohand épousera une femme de Taneqoucht, (les petits terrains cultivables à la pioche) dont le père est le  propriétaire d'un magasin d'alimentation générale à Lotta n'souk, (le terrain plat du marchéWink cet homme très connu sur la place, petit de taille et porte un tarbouche, appelé aussi le fez, une sorte de couvre- chef, en forme de cône et rigide, de couleur rouge". et Taieb ajoute: "Abbes en sait quelque chose ,car ce matin même, il était avec lui!".

Pour un temps, le temps ou, dehors il pleuvait sans arrêt, à l'intérieur régnait un silence de mort; Saïd ,étourdi par tout ce qu'il vient de vivre, s'excuse et prend précipitamment congé.

 

Effectivement, les choses se passèrent comme prédit, Mohand prend pour épouse  Fatima, la fille du propriétaire du magasin de Lotta n'souk , et s'établirent  tous les deux  en France.

Comme le hasard fait bien les choses, quelques temps plus tard; le jour, où il ne pleuvait plus, le jour ou il faisait beau, en plein Paris, Abbes , Mohand et sa femme se retrouvèrent autour d'un diner de famille.

 

Abbes a eu le plaisir de raconter à Fatima, toute l'histoire de son union avec  Mohand, qu'elle trouva originale, mais resta un peu dubitative.

L.OUALI JUIN 2014.


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